Rondo aux festivals de Pusan et de Sao Paulo

Festival international de Pusan (7-15 octobre)

Pusan, considéré aujourd’hui comme le plus grand festival d’Asie, mobilise tous les écrans disponibles dans la ville de Busan (Corée du Sud) pendant toute la durée du festival.
« Rondo », qui était sélectionné dans la section flash forward (compétitive, premiers et seconds films), était projeté dans un salle très grande, située dans un complexe de salles surmontant un centre commercial impressionnant par son luxe.

C’était le seul film belge en compétition à Pusan. Le film a été très apprécié, ce dont témoigne le nombre de spectateurs qu’il a attiré (près de mille en tout). Il a reçu par ailleurs, de la part des critiques, des appréciations allant de trois à quatre étoiles, ce qui laissait entendre qu’il pouvait prétendre au seul prix décerné dans le cadre de cette compétition (et par ailleurs le seul prix allant à un film non asiatique).

Finalement, le prix est allé à Pure, de Lisa Langseth (Suède). Plus psychologique et de facture plus classique que Rondo, ce film s’est principalement attiré des louanges pour l’interprétation d’Alicia Vikander, qui interprétait le rôle principal (Katharina). Je reste cependant fier du résultat obtenu par Rondo.

Lors de la séance de Q/A (questions-réponses), ou lors d’interviews, il m’a été donné d’apprécier la pertinence des questions, et la grande culture cinématographique des Sud-Coréens. De toute évidence, les thèmes brassés par Rondo ne les laissent pas indifférents : ils sont sensibles à un récit qui met en scène trois générations d’une même famille (en Asie, la famille est une institution très importante), famille qui se disperse du fait des événements extérieurs (beaucoup de familles coréennes sont éclatées, conséquence de la division de la Corée)... Quant au thème de la Shoah, les Coréens n’ont pu s’empêcher, sans doute, de faire un rapprochement avec le régime génocidaire de Pol Pot. Ces analogies possibles entre deux situations distantes dans l’espace et le temps on fait qu’en fin de séance, les remerciements et les demandes d’autographes étaient nombreux... et pendant le film, la salle ne perdait pas un seul de ses spectateurs (les Coréens sont d’une politesse exquise, mais, quand un film ne leur plaît pas, cela ne les empêche pas de quitter la salle).

Parmi les autres films de la sélection, j’ai pu apprécier « Disenchantments », de Andreas Pieper. Ce film a la particularité d’être un film de fin d’études. Réalisé en noir et blanc, avec un budget modeste, il retrace de façon impressionniste quatre « tranches de vies » sans lien entre elles.
On pourrait craindre qu’il en résulte une certaine confusion, de la lenteur, de l’incompréhension, mais il n’en est rien : le film et très émouvant, tant l’image reste en permanence porteuse de sens et d’émotion. Le dialogue en est presque absent, Andreas lui préférant des gros plans décrivant l’attention soutenue, le regard, le geste de ses personnages. Certains plans sont d’une force remarquable. J’ai été ébloui par ce film, et j’ai pu complimenter Andréas, à ce propos.

Je n’ai bien entendu pas pu voir les 8 autres films de la section Fast-Forward, mais il me semble que le niveau d’ensemble est très bon. La variété des provenances des films (le monde entier à l’exception de l’Asie) est aussi, je pense, source d’une expérience très riche de confrontation de cultures.

En dehors de ces films, j’ai aussi vu « Blood Ties », de Kim Homer Cabagio Garcia, film philippin qui raconte la crise que traverse un clan familial suite à un meurtre fratricide. Cet incident n’est sans doute que le prétexte, pour le réalisateur, pour montrer les liens qui unissent et désunissent les membres d’une famille, les hiérarchies qu’elles cachent, le rapport de celle-ci avec le monde extérieur.

Les acteurs sont pour la plupart non-professionnels. Bien des scènes sont sans doute improvisées. En dépit (ou à cause) de cela, le film est intéressant... Malheureusement certains éléments de l’intrigue m’ont échappé, faute de connaissance de la langue.
En comparaison, un des rares films américains figurant au programme non-compétitif, « 3 Backyards », de Eric Mendelsohn, m’a paru assez creux... Un exercice de style « anti hollywodien » tentant de dénigrer les codes du thriller. Notons cependant que E. Mendelsohn a obtenu le prix du meilleur réalisateur au dernier Sundance film festival pour ce film...

Les nombreuses parties et dîners organisés par le festival ont été l’occasion de faire des rencontres : du côté de la réalisation, citons Alexander Adolph et Andreas Pieper (Allemagne), Julie Hivon (Canada), Freddy Olsson (Suède, sélectionneur), Gerwin Tamsma (Hollande, sélectionneur), Constance Schumann (Autriche, productrice). Je suis convaincu qu’au moins certaines de ces rencontres auront des prolongements dans le futur...


Mostra de Sao Paulo (22 octobre-4 novembre)

A cause de problèmes d’agenda, je n’ai pu aller que 4 jours à la Mostra de Sao Paulo (voyage inclus). Heureusement, le déplacement est moins long et le décalage horaire moins prononcé, et le festival comme la ville valaient le déplacement.

A l’arrivée, samedi 22 vers huit heures du matin, les bureaux du festival étaient fermés et l’hôtel ne permettant d’entrer qu’à partir de 15 h.
Laurent Nègre, un cinéaste suisse, et moi-même avons été marcher le long des grandes avenues de Sao Paulo, et visiter une exposition de photos de Wim Wenders, organisée en lien avec le festival. Ce tour s’est terminé avec la dégustation de jus de fruits et pâtisseries brésiliennes, donc très bien (de façon générale, je peux dire que la gastronomie a été une des facettes importantes de mon séjour à Sao Paulo)... En tout cas, Laurent Nègre restera un commentateur sympathique et avisé de ce festival, que je croiserai de ci-de là avec plaisir.

Le soir même avait lieu une projection de Rondo, dans un cinéma situé à une petite heure de marche de l’hôtel (extrêmement luxueux). Je décide de traverser une (infime) partie de Sao Paulo pour m’y rendre, à pied, pour voir à quoi ressemble la ville. Elle se présente bizarrement : un mélange d’architectures résumant en quelques immeubles l’histoire de cette cité immense (du colonial à l’entrepreuneurial, pourrait-on dire), avec un mélange de pauvreté et de richesse très surprenant.

Arrivé au cinéma largement en avance, afin de pouvoir assister à quelques projections, je vois « Engel mit schumitzigen flügeln », de Roland Reber. Mettant en scène des femmes assez légères et des desperados obèses amateurs de Harley-Davidson, ce film bavarois se veut sans doute provocateur. Mais aujourd’hui encore, je me demande cependant si Roland Reber a voulu faire rire, et si oui, comment. S’il n’a pas voulu faire rire, en convocant Eros et Thanatos sur un même plateau, il n’a pas provoqué d’étincelles particulières. Un goût de déjà-vu, plutôt.

A la suite de ce film, j’ai vu un film norvégien, « De Usylinge », de Eric Poppe, qui raconte en deux heures une histoire de chute et de rédemption, agrémenté d’un peu de suspens et d’un peu d’amour. Très sérieux, rythme très lent... Très fort contraste avec la samba brésilienne...

Venons-en à la projection de Rondo...

La projection se passe le samedi à 13 h 30, dans un cinéma dans le quartier de Jardin Paulista (je l’ai traversé : des espèces locales sont identifiées, les allées sont faites d’un carrelage blanc, les bancs sont occupés, chacun, par un couple d’amoureux enlacés).

Le cinéma est très sympathique, précédé d’un bar où l’on sert café et jus de fruits. Les très nombreux volontaires s’occupent de tout : pléthoriques, ils se tiennent compagnie quand il n’y a rien à faire. Cela met de la vie, atténue la tristesse des films norvégiens et bavarois.

Quand la projection commence, je suis tétanisé. L’image est infiniment trop sombre, c’est désespérant... La salle va se vider. C’est inregardable !

Mais non, le public reste là sans broncher... C’est même, à la fin du film, un très agréable surprise. Dès la fin du générique des spectateurs me rejoignent pour me dire combien ils sont touchés. m’invitent à raconter ma vie ou a écouter la leur... d’autres promettent d’appeler le consul pour amener du monde aux prochaines projections, etc...

Cette version presque noir et blanc de Rondo aura été donc finalement un succès plutôt inattendu, et je retourne heureux à l’hôtel, avant de repartir à un repas organisé par le festival.

Wim Wenders patronne la soirée : un repas en plein air dans ce qui ressemble à une jungle tirée de Disneyland. Les clients viennent parler, manger, danser.

Ce repas m’aura permis de faire la connaissance d’une réalisatrice du Costa Rica, Hilda Hidalgo, réalisatrice de « Del Amor y Otro Demonios », co-production avec la Colombie, et Yony Leyser, cinéaste américain auteur de « William S. Burroughs : a man within ».

Le lendemain, un autre repas festif m’attend, juste avant de prendre mon envol pour Bruxelles. Cette fois, c’est à la terrasse d’un restaurant que je mangerai une feijoada, plat brésilien très consistant idéal pour les longs voyages en avion (ils permettent de digérer tranquillement, comme le boa dans son arbre).

Je serai assis à la table de Chantal Pirotte et passerons une excellent moment ensemble, en compagnie de l’actrice fétiche de Manoel de Oliveira, Leonor Silveira.

Entre Puzan et Sao Paulo, une avant-première de Rondo aura eu lieu à Paris, au centre Wallonie-Bruxelles, où il sera très applaudi.

Rondo aura donc séduit un public européen, un public asiatique, un public sud-américain, un public nord-américain. Il aura été choisi par les comités de sélection des trois festivals parmi les plus importants d’Amérique latine, d’Asie, et d’Amérique du Nord (Festival des films du Monde, désinscrit ensuite pour incompatibilité avec Pusan).