Jean-Pierre Marielle, baïonnette au canon !

Paru sur le site lesoir.be,

Jean-Pierre Marielle, baïonnette au canon !

Avant de revenir au théâtre avec Groucho Marx, il termine le nouveau film du Belge Olivier van Malderghem.

entretien

Jean-Pierre Marielle, 77 ans aux prochains crocus et une énergie de galopin dans une grande carcasse élégante. Car Monsieur Marielle a gardé ses culottes courtes dans la tête. Dès qu’il vous parle, on remarque l’œil qui frise et le bon sens du vieux singe qui connaît si bien l’envers des grimaces. Il y a un an, on l’applaudissait sur la scène du Théâtre de l’Atelier à Paris où il lisait une correspondance de Groucho Marx auquel il voue une admiration sans borne. Cette année, il va partir en tournée avec cette pièce et compte bien faire un crochet par la Belgique.

Jean-Pierre Marielle. Une personnalité. Une voix chaude et caverneuse. Une pertinence posée. Une filmographie forte de plus de cent films dont quelques chefs-d’œuvre (« et des navets », précise-t-il dans un éclat de rire). À son nom, la mémoire du cinéphile court entre Les galettes de Pont-Aven et Tous les matins du monde. Dites à vos mômes que le chef cuisinier Gusteau dans Ratatouille, c’est lui aussi !

Heureux de sa rencontre avec le réalisateur belge Olivier van Malderghem et fier de porter la kippa pour les besoins de son nouveau film, l’acteur nous accorde quelques minutes d’entretien sur le tournage de Rondo où il tient le rôle d’Abraham, un grand-père juif confronté aux horreurs nazies, à l’existence de Dieu et au questionnement de son petit-fils.

Porter la kippa pose-t-il le personnage ?

Dans ce cas précis, c’est indispensable. Car je joue un juif traditionaliste. Le fait qu’il porte la kippa annonce la couleur tout de suite et cela ajoute quelque chose au personnage.

A un moment, votre personnage perd ses facultés et redevient un enfant. Cela vous fait peur personnellement ?

Je m’en fous. On verra bien ! Je ne vais pas me mettre en transe à l’avance.

Arrêtons d’être acteur ?

On peut si on en a marre.

Cela pourrait vous arriver ?

On peut avoir le sentiment d’être usé. Et ça m’est déjà arrivé.

Pour « Rondo », vous aviez donné votre accord dès 2003. Pourquoi ?

Le scénario ! L’histoire, le personnage et la rencontre avec Olivier. C’est un homme très intelligent, fin et subtil. Il arrive qu’on travaille avec des metteurs en scène idiots, des acteurs idiots, des écrivains idiots, et c’est pénible.

Donc, pour vous, le plaisir du métier tient dans les rencontres ?

Absolument. Et j’en ai fait de très belles. Et ce, dès le Conservatoire. J’y ai rencontré une bande d’amis : Belmondo, Rochefort, Bruno Cremer, Françoise Fabian… On ne s’est jamais quittés. On se retrouve toujours. Ce sont des compagnons de route, des amis. On a eu un professeur extraordinaire, Georges Leroy, ancien sociétaire de la Comédie- Française. Il nous a donné une petite clé : travailler le texte, éviter le faussement théâtral, aller à l’essentiel, simplifier. Les acteurs qui compliquent, ce n’est jamais intéressant.

Alors comment travaillez-vous un personnage ?

Moi, je ne travaille pas. Le personnage s’insinue en moi de façon particulière. Après ça, on peut parvenir à transmettre des choses.

En dehors des machines commerciales, un rôle vous poursuit toujours. On vit en étroite communauté avec un personnage comme celui de Tous les matins du monde ou celui des Galettes de Pont-Aven. Il y a quelque chose de familier.

Quelle dose de plaisir prenez-vous sur un plateau ?

Maximale quand il s’agit d’un metteur en scène avec qui on peut avoir un vrai contact.

Vous avez souffert parfois ?

Oh oui ! Mais ne citons pas de noms. On peut terriblement s’ennuyer sur un tournage parfois…

Atteindre un certain statut n’évite pas ce genre de choses ?

On peut toujours se faire embarquer par un personnage, par un scénario. Puis on se rend compte tout à coup que le metteur en scène n’est pas du tout à la hauteur de son projet. Et là, on souffre !

Revenons au plaisir de jouer…

Ce n’est pas du plaisir. On va à l’assaut. Il faut la baïonnette au canon ! A chaque fois. Et c’est merveilleux de sentir soudain qu’un personnage vous envahit, vous habite. Ce n’est pas du plaisir. C’est plus que ça, une sorte d’état où on transmet. Et dans Rondo, j’ai matière. C’est pourquoi je suis enchanté.