« Il y a de l’enfance chez Marielle »

Paru sur le site lesoir.be,

« Il y a de l’enfance chez Marielle »

Le Belge Olivier Van Malderghem termine le tournage de son premier long

« Rondo », histoire d’une famille juive pendant les horreurs nazies, s’est finalisé dans le Brabant wallon.

E411, sortie 5. La campagne de l’East Anglia au cœur du Brabant wallon. Magie du ciné et nécessité financière pour Rondo, premier long d’Olivier Van Malderghem qui parle de miracle de production : « Contrairement à Chaplin, on filme l’ombre du train sur le quai car on n’a pas l’argent de filmer le train mais c’est bien ! On n’a fait aucune concession sur la qualité ». « 3,5 millions d’euros, un budget très serré » glisse Hubert Toint, producteur chez Saga Film.

Sur la feuille de service, la phrase du jour : « Il y a des gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls. Ils sont le fléau des gens occupés. » On comprend lorsque le réalisateur nous confirme qu’outre-diplômé de l’Insas, il est aussi docteur en philo. Il dit d’emblée, citant un philosophe israélien : « La Shoah n’est pas le problème des Juifs ; c’est le problème des non-Juifs. »

Rondo, scénarisé dès 1998, raconte l’éclatement et la réunification d’une famille juive anversoise entre 1943 et 1945. Derrière la fable se cache un gros travail de documentation. La fierté du réalisateur : des Juifs ayant lu son scénario ont cru qu’il était juif. « J’ai été sensibilisé grâce à mon institutrice à travers le Journal d’Anne Frank. Comme philosophe, j’ai voulu approfondir mais cela menait à un cul-de-sac. J’ai alors pensé que le passage à la fiction pouvait être une solution autre d’aborder la question », nous avoue Olivier avant de démarrer l’avant-dernier jour de tournage. Et de nous faire la démonstration que cinéma et philosophie sont les deux versants d’une même médaille. « En adoptant un certain point de vue, le cinéaste fait une œuvre d’ordre philosophique. »

Poser la question du mal

Convaincu de la nécessité d’une image radicale, il dit : « Je suis d’accord avec Lanzmann : la Shoah est infilmable. Mes films portent sur les conséquences et les blessures infligées par la Shoah sur ceux qui survivent. Rondo déborde le sujet de la Shoah pour en venir à la question du mal, de la souffrance. Comment faire face à la disparition de proches dans des conditions atroces ? Malheureusement, cela n’a rien perdu de son actualité. »

Dans une grange décorée de lampions, les figurants prennent place. C’est la fête au village. Musique, danse, bonne humeur. « Ça y va gaiement ici » lance la voix chaude et profonde de Jean-Pierre Marielle en entrant. Son épouse, Agathe Natanson, lui souffle son texte. Complicité d’acteurs et d’amoureux.

Issu d’une famille d’artistes (sa mère était peintre), Van Malderghem a déjà monté une partie de son film et confie : « Mon film sera très pictural, très tendu mais parsemé de plaisirs car Marielle est un grand acteur comique et dans certaines situations, il fait rire et sourire. Devant la caméra, c’est remarquable. Avec lui, des choses insignifiantes deviennent très drôles ou très profondes. Malgré tout le désespoir des adultes dans le film, il y a la jeunesse des enfants et l’enfance chez Marielle. Son goût de la vie, du rire. »

Dès qu’il a lu le scénario, l’acteur français a marqué son accord. Et l’a maintenu depuis 2003. Le réalisateur belge se rappelle : « Je me souvenais de l’intensité de son regard dans Tous les matins du monde. Il avait la profondeur, la gravité et l’humour. Il y a toujours enfoui, derrière le comique comme une défense, une sensibilité, une profondeur. Je ne voyais que lui dans le rôle d’Abraham. Il est unique. »